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  • Masayo Waki and her daughter

    On a pris un café avec Masayo Waki, blogueuse food et cheffe au Japon

    02 juillet 2019Actus et tendances food & drink

    Blogueuse food et cheffe au Japon, Masayo Waki est reconnue dans son pays mais aussi en France. Nous avons eu l'opportunité de discuter avec elle de son activité mais aussi des résultats de notre étude sur les seniors, le food et la publicité.

    Bonjour Masayo Waki, nous sommes ravis de pouvoir échanger avec vous ! Pouvez-vous vous présenter ?

     

    Masayo Waki

    Toute ma vie a été dédiée à la gastronomie et à tisser des ponts entre le Japon et la France, mon pays de cœur. De 1977 à 1984, j’ai étudié la cuisine française dans des lieux prestigieux, au Cordon Bleu, à la Tour d’Argent et chez Maxim’s, qui m’ont appris l’exigence et l’excellence française. Après cette expérience passionnante et de retour au Japon, j’ai pris la direction de la division internationale de l’École de Cuisine Hattori Nutrition College et j’ai notamment organisé des cours de cuisine de célèbres chefs français en visite au Japon. En 2000, j’ai créé ma société « TROIS SŒURS », qui me permet d’exercer toutes mes activités. Le nom « TROIS SŒURS » n’est pas anodin : j’ai 3 filles et il était important pour moi de faire le lien entre ma génération et la leur. Je suis aussi actuellement directrice de l’école de cuisine qui porte mon nom “Waki Masayo”.

    C’est dans ce cadre que je travaille comme consultante en produits alimentaires et boissons pour le « Meiji Kinenkan » et que j’ai la chance de participer à des émissions telles que « Kyo no Ryori » et « Asaichi ». J’ai développé une gamme d’ustensiles de cuisine et je produis des vidéos culinaires. Enfin, j’ai écrit de nombreux ouvrages, dont « Ma cuisine familiale française », « En fait, j’aime la cuisine japonaise », « Préparer rapidement son bento quotidien », « Umeboshi, Tsukémono et autres mets qui se conservent » … Bref vous l’aurez compris : au-delà d’un métier, la cuisine est une passion qui ne m’a jamais quittée !

     

    Qu’est-ce qui vous a amené à prendre la parole sur le net, quel a été le déclic ?

    Le déclic s’est produit lorsque ma deuxième fille est rentrée au Japon après avoir étudié (elle aussi !)  la cuisine en France pendant 5 ans (elle y a décroché un CAP Cuisine et Pâtisserie). A cette époque, les sites de vidéos culinaires tels que « Tasty » commençaient à être populaire. Ma fille nous a proposé, à mon mari et à moi, de nous lancer dans une nouvelle aventure « vidéo et cuisine ». Pour nous convaincre et dépasser nos réticences (nous n’avions pas d’équipements de prise de vue, ni de matériel de montage), elle s’est filmée en train de préparer une omelette, en fixant son smartphone, puis elle a fait elle-même le montage. Le résultat était très qualitatif et très vite nous nous sommes pris au jeu mon mari (qui travaillait à l’origine dans la création d’images) et moi-même.

    Nous sommes aujourd’hui très fiers de fêter cette année le troisième anniversaire de notre site. Il y a un proverbe japonais qui dit « Quand on vieillit, il faut écouter les jeunes ». C’est ce que nous avons fait !   

     

    Qu’est-ce que cela change pour vous et pour votre audience de partager votre prise de parole avec votre fille, qui est d’une autre génération ? Comment cela influence votre ligne éditoriale ?

     

    Ma fille est sensible aux tendances et à l’utilisation des réseaux sociaux. Elle nous amène un côté innovant qui répond aux attentes des jeunes générations.

    Tout est une question de complémentarité, de mon côté ce que je poste sur les réseaux sociaux est différent, de ce que les jeunes y mettent, je pense que l’attrait des réseaux sociaux réside précisément dans le fait que différentes personnes les utilisent de différentes manières.

    Masayo Waki cooking with her daughter

    Une des grandes différences générationnelles que j’ai pu appréhender est que les gens de ma génération ont tendance à apporter des corrections à de nombreuses reprises avant de mettre en ligne les vidéos pour que ces dernières soient le plus parfaites possible car elles sont vues par un grand nombre d’utilisateurs, alors que les jeunes les mettent en ligne très rapidement et font des corrections après, s’il y a des erreurs. C’est peut-être la même chose pour le contenu ? Les jeunes ont les mêmes objectifs, ils sont comme nous sensibles aux choses visuellement belles et originales mais refusent le gaspillage et privilégient des recettes réalisables facilement. Je crois qu’ils s’efforcent de transmettre au mieux leur respect des produits, leurs astuces pour éviter le gaspillage et les préparations de base.

     

     

    D’après notre étude, 60% des seniors japonais privilégient internet pour s’informer sur l’alimentation ou la nutrition. Vous confirmez ?

     

     

    Person using a smartphone

    Il y a longtemps, les livres étaient le seul moyen de vérifier les informations : on allait à la bibliothèque et on faisait des recherches. Aujourd’hui, avoir une tablette ou un smartphone c’est exactement comme avoir un ordinateur, cela suffit pour accéder à toutes sortes de contenus : météo, actualité, romans, vidéos, shopping, etc. Cependant, rien ne garantit que ces informations soient vraiment exactes. Il faut donc toujours rester vigilants et vérifier les informations et ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui est dit !

     

     

    Parmi votre audience, savez-vous quelle est la part des seniors ? Est-ce une population qui augmente ? Est-ce que cela impacte votre manière de vous exprimer ou vos messages ? Que recherchent-ils ?

    Je ne mets pas de contenu sur les réseaux sociaux destiné uniquement aux seniors. Par ailleurs, je ne vérifie pas l’âge des utilisateurs. Je ne sais donc pas si le nombre de seniors augmente ou diminue. Cela étant dit, je pense que les utilisateurs seniors doivent se sentir proches, se reconnaitre dans mes vidéos et éprouver de la sympathie à mon égard. Parfois sur Instagram, il arrive que des petites choses banales de ma vie quotidienne fassent le buzz.  

     

    Quels types de contenu marchent le mieux au Japon ?

    Les contenus liés à l’alimentation, à la santé et aux soins de beauté. Ceux sur les voyages et les animaux domestiques aussi sont populaires.

     

    Notre étude révèle que 86% des répondants japonais voient en l’alimentation un « moyen de préserver leur santé ». Est-ce que la santé est une thématique importante dans votre travail ?

    Oui, je pense que c’est important car vous ne pouvez manger que si vous êtes en bonne santé. Manger est aussi un plaisir, il ne faut donc pas s’imposer trop de règles. Cependant, il ne faut pas forcément manger des aliments qui sont à la mode, pour leur « bénéfice santé ». L’essentiel est de manger de tout, de manger équilibré. Je pense, par ailleurs, qu’il faut faire attention aux additifs dans les produits transformés par exemple.

     

    Vous qui voyagez beaucoup, notamment en France, avez-vous le sentiment que le Japon est précurseur dans son offre alimentaire aux seniors ?

     

    Beaucoup de mes amis seniors français réduisent leur consommation de viande pour se tourner vers le poisson et les légumes. Je n’ai jamais comparé les repas destinés aux personnes âgées, mais c’est aussi une question de préférences et on ne peut pas généraliser. En revanche, au Japon, on a tendance à diminuer la quantité globale de nourriture plutôt que de réduire la quantité de viande. J’entends souvent dire : « Puisque l’on ne peut pas manger beaucoup, mangeons des choses délicieuses mais en petite quantité ».

     

    Nous avons détecté la tendance de l’energy food, pouvez-vous nous en parler ?

    Je ne m’intéresse pas aux produits énergétiques. Je suis convaincue que si vous êtes capable de manger des aliments solides, il est préférable de les faire sous une forme aussi naturelle que possible. S’il n’est pas possible d’absorber toutes les calories en mangeant solide, alors c’est différent.

     

    Quel est votre plat préféré ?

    Les plats délicieux, sains et de saison. Des plats conviviaux, même s’ils n’ont pas demandé une longue préparation. Cependant, lorsque je mange à l’extérieur, je suis contente d’avoir quelque chose qui a demandé du temps et des efforts.

     

    Avez-vous l’impression que les seniors sont ouverts à la gastronomie internationale ?

    Je pense que oui. Je pense qu’ils sont très friands de choses rares et délicieuses.   

     

    52% des répondants japonais estiment qu’ils sont suffisamment représentés dans la publicité, partagez-vous ce sentiment ?

    Je ne m’identifie pas aux autres, mais parfois, quand je regarde des personnes âgées, il m’arrive de penser que j’ai à peu près leur âge.

     

    Y a-t-il une personnalité senior qui vous a marqué ? Pourquoi ?

     

    Kirin Kiki
    Kirin Kiki
    L’actrice Kirin Kiki, elle donnait l’impression d’être une femme courageuse et généreuse même à la fin de sa vie. Sayuri Yoshinaga, qui était aussi une grande actrice quand j’étais petite, mais même en vieillissant, elle reste une actrice qui fait rêver. J’ai été surprise d’apprendre qu’elle pouvait encore nager une très longue distance.

     

    Quels sont vos prochains défis ?

    Rester curieuse de tout.

    Observer et analyser les choses puis en tirer mes propres conclusions.

    Retourner les bienfaits que j’ai reçus au cours de ma vie en aidant les autres.